Géraldine Nalini

par Patricia GRANGE-BOUÉ

Géraldine Nalini est danseuse interprète de Bharata Natyam, danse classique de l’Inde du Sud. La danse et la musique l’enchantent : elle aime voir, écouter, mais aussi pratiquer la danse et la transmettre. Elle fait partie de la compagnie SHAKTI et donne également des cours de danse à Bordeaux.
Géraldine nous a accordé un petit entretien :

Géraldine, comment définiriez-vous le Bharata Natyam ?
Au sens étymologique, le mot « Bharata Natyam » signifie « danse de l’Inde ». Mais il en existe d’autres en Inde : chaque région a sa culture, sa langue, sa musique, ses danses. Avec le Kathak, au Nord, et le Kathakali, du Kérala, le Bharata Natyam est l’une des formes les plus célèbres du théâtre dansé en Inde.
Elle est originaire du Sud de l’Inde, et date de plus de 2000 ans. La transmission se fait encore aujourd’hui traditionnellement de maître à élève. Cet aspect ancestral m’a particulièrement attirée dans l’apprentissage de cette danse.
L’artiste cherche à produire le RASA, « délice dans lequel on s’enivre», mais cela dépasse le simple plaisir esthétique : cette danse transmet des récits mythologiques,  est porteuse de valeurs ancestrales, riches, complexes. Elle nécessite une recherche, un apprentissage des postures, des mouvements, mais aussi des sentiments,  l’art de décliner les émotions dans leurs plus délicates variations. Le Bharata Natyam, outre l’agilité, la force, la grâce et la souplesse, requiert un engagement profond, un enthousiasme au sens étymologique du mot.
Pour moi, c’est l’art de la pose et du rythme, de la pose et du mouvement.

Le rythme, c’est l’intime, le battement du cœur, mais aussi celui des pas et des grelots, de l’expression. Il prend alors une dimension universelle. La pose est celle de la sculpture, de l’art et de la précision, et le mouvement est celui du danseur, mais aussi celui de la Vie.


Vous qui êtes française d’origine, quel parcours vous a conduite à la pratique d’une danse d’origine sacrée du sud de l’Inde ?
Lorsque j’étais enfant, je suis allée rejoindre mon père qui habitait à Hyderabad dans l’Andra Pradesh. Comme je pratiquais les percussions depuis mon plus jeune âge, mon père m’avait cherché un professeur de Tablas… Mais quand l’enseignant a vu que j’étais une fille, il s’est exclamé qu’il ne m’enseignerait pas son art, que je pouvais faire de la danse ! L’idée m’a plu, en fait, tant cette danse mêle la maîtrise du rythme et la grâce des gestes.

J’ai donc fait mes premiers « pas de danse » à Hyderabad.
Ensuite, j’ai poursuivi mon apprentissage du Bharata Natyam à Bordeaux avec Indira, et en Inde dans le Tamil Nadu à l’école Bharatalaya de Sudharani Raghupati.
Puis j’ai rencontré Sivaselvi Sarkar à Paris, qui m’a transmis tout un répertoire de danses, et m’a formée jusqu’à l’Arangetram, cérémonie consacrant le travail de l’élève, et premier accès véritable à la scène. Depuis, je travaille toujours avec elle car elle me forme de manière traditionnelle à l’enseignement de la danse : cette formation complète le travail de pratique, car je dois connaître le chant, les instruments et le rythme, mais aussi les fondements de la religion hindoue, du yoga et de la philosophie indienne. Grâce aux qualités pédagogiques et humaines de mon maître de danse, je me sens dans mon élément et à ma place, même si je suis née en France.

Vous évoluez également au sein d’un trio, Shakti, pouvez-vous nous en dire plus ?
Ce groupe est né d’une belle histoire : Hicham, Julie et moi nous connaissons depuis environ 15 ans. C’est dans les cours de danse que nous nous sommes rencontrés, et nous sommes devenus amis. Julie a suivi des études pratiques et universitaires de danse, notamment à l’université de Nice qui propose un parcours autour de la danse et du spectacle, et auprès d’Amala Devi à Paris pour la danse Bharata Natyam. Elle a suivi en 2009 la formation « Lullaby dance project », et détient aujourd’hui son EAT en danse jazz. Intermittente du spectacle, elle se consacre à l’univers artistique de la danse classique, contemporaine et de l’Inde.
Hicham est un artiste complet, qui a suivi un parcours musical et chorégraphique. Tantôt interprète de chant baroque, tantôt danseur pour des créations contemporaines, il est également très présent sur la scène du théâtre et du conte. Après une création en Belgique et une tournée en Europe en 2008 et 2009, il rejoint l’Aquitaine pour développer la création et l’interprétation dans les domaines de l’art complet.
Nous nous sommes retrouvés en 2006 pour former la compagnie SHAKTI à l’occasion d’une création, « La caravane céleste ». C’était un pur spectacle vivant, avec une seule représentation ! En effet, il avait été créé pour le festival pyrotechnique « La Teste dans les étoiles » avec Fêtes et Feux. Un moment lumineux !
En somme, tous les trois sommes issus d’horizons différents, et nous prenons donc les rôles de conteur, de danseur et de chorégraphe pour croiser nos « métissages » dans les créations de notre compagnie. Nous croisons le chemin d’autres artistes, comme le pyrotechnicien Pascal Ducos ou le musicien Thomas Julienne au sitar pour le conte de « L’enfance du petit Krishna ».

La danse Bollywood que vous pratiquez au sein de Shakti n’est pas vraiment une danse traditionnelle. Est-ce que cela ne vous pose pas de problèmes par rapport à votre pratique et à votre apprentissage dans le monde du Bharata Natyam ?
Par certains aspects, la danse Bollywood est proche de la danse classique, puisqu’elle lui emprunte des mouvements, des mudras, des enchaînements rythmiques, mais souvent, elle  joue sur la rapidité : elle présente des tableaux de groupe, et joue sur la fluidité des déplacements, la vivacité des tours. Ce qui signifie moins de détails, de transitions entre deux postures, que dans le Bharata Natyam ou le Kathak.
Mais c’est un travail de groupe, avec le plaisir que cela peut représenter dans la création et les chorégraphies avec ses jeux de symétrie, de figures collectives, comme dans les danses folkloriques.
Et puis le style « bollywood », c’est la magie de certaines musiques, la liberté aussi des artistes en ce qui concerne le métissage des styles, car il n’y a pas de code : on peut amener des éléments de danse jazz, de la musique fusion, ou encore des colorations plus contemporaines, et ainsi enrichir nos créations de nos horizons différents.

Après les créations au sein de Shakti, avez-vous de nouveaux projets en préparation, seule ou en groupe ?
Au sein de la compagnie, nous envisageons de créer un conte sur Ganesh, le dieu à la tête d’éléphant, avec un sitariste, une voix, un conteur et la danse.
Quant à moi, je travaille en ce moment pour un projet de récital Bharata Natyam  autour de la figure du dieu Shiva, « NATARAJA, seigneur de la danse ». Tout un programme.

Tout un programme en effet, et bien prometteur !
Nous vous invitons à retrouver l’univers de Géraldine et de Shakti, ainsi que leur actualité sur ces deux sites :
http://geraldine.shakti.free.fr/
http://www.myspace.com/nalinigeraldine

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