De la chute du mur a nos jours… selon un Turc Allemand – de l’Ouest – .

(Propos recueillis) par Stanislas AVINEN

Natif de la région d’Erzurum, à l’est de la Turquie ; Karen est installé à Berlin depuis 1981. Ancien compétiteur de taekwondo au niveau européen, il est aujourd’hui professeur. Demander à Karen sa nationalité ne lui fait pas froncer les sourcils. Il répond fermement qu’il est Turc. Il raconte qu’il a d’ailleurs refusé la nationalité allemande. On la lui proposait il y a de nombreuses années, grâce a ses résultats sportifs. Il me reçoit quelques jours  après les festivités du 9 novembre.
Le Berlin de l’époque était comme une prison, dit-il, avec ses murs et ses soldats omniprésents.
Cependant toutes les communautés se sentaient concernées quel que soit le coté du mur. Le jour de l’ouverture il s’est réjoui avec tout le monde. Il a appris l’information à la télévision. À ce moment là, il donnait des cours  et tous les élèves se sont alors mis à danser.

« La RDA était comme un village. Les maisons étaient brisées. D’ailleurs les gens, les visages étaient froids, vraiment froids ! On aurait dit des villes mortes. » Ces descriptifs de rue ou de zone inhospitalières peuvent nous faire penser à certains endroits encore un peu vide ou en friche du Berlin actuel. Mais Karen a son point de vue sur la chose.
« Non… Pas comme Berlin. Nous les Turcs, nous avons construit Berlin.  Nous travaillons dans cette ville depuis plus de 30 ans. »
À travers cette phrase on comprend d’ailleurs que lui et ses compatriotes ont plus le sentiment de vivre à Berlin encore, qu’en Allemagne ! « Berlin est notre pays,  Berlin est notre ville au même titre de la Turquie ! ».

Il nous explique ensuite la période qui a suivi.
Pendant une période ils n’étaient plus « les Kanaks ». Ils se sont amusés et gargarisés des moqueries entre allemands. « Ç’a été bien plus facile pour les immigrants de RDA que pour nous ». Mais, il raconte les vives tensions de l’époque, qu’il a perçues à travers des proches. Comment les deux populations se sont ensuite stigmatisées, traitées « d’ Ossis, Wessis » ! Certains disaient alors qu’ils regrettaient que le mur ne fasse pas 5 mètres de plus. On parle maintenant de « Wossis » explique-til, ces gens de l’ouest qui habitent à l’est. La situation des Turcs, elle, n’a changé qu’un temps.

« Les Turcs, nous sommes passés du rang de citoyen de deuxième à celui de troisième catégorie ! » Quand il se remémore ce que disent certains, « vous, vous êtes les Turcs, vous êtes les noirs », il est forcé de rester sur le qui-vive.
Les allemands doivent faire le pas, apprendre à les accepter, à les considérer. « Nous avons travaillé ici, construit des maisons, des familles ! ». Lorsqu’il regarde vers la Turquie  c’est grâce à la télévision, la radio, le téléphone. Quand la question d’un éventuel retour en Turquie se pose Karen semble avoir fait son choix.
« Je peux travailler ici (…) J’habite ici et j’ai encore de la force ! ». Une manière significative d’éluder la question tout en donnant sa réponse.
De manière fortuite il dit parfois, « je suis né en Allemagne » avant de se rattraper « enfin je me suis construit en Allemagne ». C’est plus fort que lui.

Lien : www.yaylasportschule.de

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