Pedram Khavarzamini

par Patricia GRANGE-BOUÉ

Pedram Khavarzamini

En cet après-midi du 6 décembre 2009, des notes de percussions orientales s’élèvent dans le chœur de l’Eglise Saint Vincent à Barsac. Des notes fascinantes et ensorcelantes qui m’entraînent dans leur sillage vers d’autres horizons. J’écoute d’abord Pedram jouer les yeux fermés pour me laisser pénétrer par les rythmes qu’il extrait de son tombak. Puis j’observe, subjuguée, la danse de ses doigts sur la peau du tambour. Ils semblent à peine effleurer l’instrument qui pourtant résonne de façon profonde. J’ai parfois l’impression, en observant ses mouvements, qu’il joue du piano ou de la guitare. Pourtant non, Pedram communique avec son tombak, tambour qui est la principale percussion de la musique savante persane. Et Pedram est un jeune musicien iranien considéré comme l’un des joueurs de tombak les plus accomplis. Une véritable découverte pour moi.


Pedram m’a fait l’honneur et le plaisir de répondre à mes questions:

Pedram, c’est en tant que tout jeune adolescent que vous avez entamé votre apprentissage du tombak. Qu’est ce qui vous a attiré dans cette pratique ?
Quand j’ai entendu cet instrument pour la première fois, je n’en connaissais même pas le nom. Un de mes oncles en jouait un peu et je me rappelle que dés que je l’ai vu, j’ai été médusé, sans vraiment pouvoir expliquer pourquoi. C’est surtout le rythme qui me fascine dans la musique.

Comment définiriez-vous la musique que vous jouez ?
C’est
quelque chose qui a sa racine dans la musique traditionnelle, mais il y a beaucoup d’influences et d’inspiration venant d’autres musiques. Quand je joue, j’utilise beaucoup l’improvisation. Alors le résultat dépend beaucoup de mon ressenti. J’essaie toujours de me raconter des petites histoires, comme pour les enfants. Il y a un début, un milieu, une fin, comme un scenario, et je m’efforce de suivre cette trame.

Y a-t-il une philosophie attachée à la pratique du tombak ?
Tout a sa
propre philosophie. Je ne peux pas dire que ce que je joue touche au caractère philosophique du tombak. C’est juste quelque chose en quoi je crois, qui passe au travers du filtre de mes mains, depuis mon cerveau. C’est quelque chose que l’on sent, et si on veut en retirer quelque chose, ça peut être une philosophie ou un pot de fleurs, ça dépend de la personne qui écoute, on peut prendre du plaisir, détester… c’est très individuel.

Le tombak est-il un instrument purement traditionnel ou peut-il être associé à des rythmes tels que le jazz, le rock, le rap ou pourquoi pas le chant lyrique ou l’opéra ?
Le
Tombak est la principale percussion de la musique traditionnelle, mais il a aussi une place très importante dans la musique folk, ou encore dans la musique kurde, Lorestan, Farce On le trouve dans toutes les musiques d’Iran. Cela fait maintenant 40 ans que le tombak est accessible à l’étranger, grâce à des musiciens qui sont allés vivre ailleurs, et qui ont continué à l’enseigner. Il a pu donc être confronté à d’autres styles musicaux,  et je crois pouvoir dire que le tombak peut accompagner toutes les musiques, ça dépend juste de la façon de jouer.

Vous avez quitté votre pays l’Iran. Pour quelles raisons et pourquoi avoir choisi la France comme terre d’accueil ?
J’a
i quitté mon pays il y a 5 ans pour des raisons professionnelles. J’avais l’opportunité de collaborer avec des musiciens très intéressants qui vivent en Europe, je n’ai donc pas hésité à me rapprocher d’eux. Et puis j’ai rencontré une femme, française, que j’ai épousée. On s’est donc naturellement installés en France, pour qu’elle puisse rester dans son pays, et ça reste pratique pour ma carrière européenne.

Comment vivez-vous désormais avec cette double culture, le fait d’être iranien et de vivre en France ?
La culture française est très différente de la culture iranienne, mais ce n’est pas inaccessible pour autant. Je suis heureux d’apprendre une autre culture et j’essaie de ne garder que le bon et l’
utile. En orient, on a des codes comportementaux qui ne sont pas les mêmes qu’en occident. Ça peut donc créer des incompréhensions. Par exemple, je peux utiliser un code de politesse pour flatter un ami français, qui me demandera si tout va bien car il n’aura pas compris ce code. Il faut s’adapter et en même temps faire comprendre et accepter sa différence.

Avez-vous une définition du métissage à nous proposer ?
Beau mais difficile…

Le site de Pedram Khavarzamini : http://www.myspace.com/pedramkhavarzamini
Pour en savoir plus, vous pouvez lire ces deux articles
:
http://www.barsac.fr/fr/info_actus/agenda/fiche_1091.html
http://www.barsac.fr/images/upload/presse/s00512092.pdf

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