Julie Maroh

Par Patricia GRANGE-BOUE

Julie Maroh est une jeune illustratrice originaire du nord de la France et qui vit désormais à Bruxelles. Son tout premier album de bande dessinée, « Le Bleu est une couleur chaude », a été publié par les Editions Glénat au printemps dernier. Ce superbe ouvrage réalisé à l’encre aborde, entre autres, le problème de la découverte et de l’acceptation de son homosexualité, à travers la tendre histoire d’amour entre Clémentine et Emma …

Bonjour Julie. Tout d’abord, je te remercie de bien vouloir m’accorder un peu de temps pour cet entretien virtuel. Tu as déjà répondu à de nombreuses interviews dans le cadre de la sortie de ton tout premier album. Je vais donc essayer de ne pas te faire répéter ce que tu as déjà dit par ailleurs …

Esprit Métis : L’écriture de cet album représente cinq ans de ta vie. Comment te sens-tu maintenant qu’il a entièrement pris corps et que tu l’as accouché après une si longue gestation ? As-tu un baby-blues ?

Julie Maroh : Le baby-blues c’est peu dire… Un très gros post-partum avec des conséquences désastreuses. Mais depuis cet été je commence à réaliser ce qu’il m’arrive et à le vivre comme il se doit. Donc depuis mi-juillet, je peux enfin te répondre que oui, je me sens bien face à ce drôle de bébé.

EM : Pour revenir au « Bleu est une couleur chaude », tout au long de sa lecture, j’ai souvent eu l’impression d’être au cinéma et de regarder un film. Un film très esthétique certes, mais également très bien scénarisé. Le cinéma en tant que scénariste, cela t’intéresserait ?

JM : Tu as un projet à me proposer ?!

Je crois que je ne me sens pas capable de scénariser un film, même si en effet cet univers m’a toujours attirée. « Le bleu », mon fantasme absolu était d’en faire un film d’animation par exemple. Le cinéma amène d’autres dimensions à la manière de raconter un récit (la place de la musique, du traitement des lumières, des mouvements, etc…) qui sont idéales.

Mais bosser là-dedans signifie travailler en équipe. Et moi… je suis une vraie peau de vache. Je donnerais des cheveux blancs à tout le monde !

EM : Tout auteur, tout créateur, s’inspire de sa propre vie pour donner naissance à ses œuvres. Sans vouloir « fouiller » dans ta vie privée, ton expérience personnelle concernant la découverte et l’acceptation de ton homosexualité ressemble-t-elle plus à celle d’Emma ou à celle de Clémentine ?

JM : L’influence de ma propre vie dans l’album revient souvent dans les questions qu’on me pose. Ce qu’il y a de moi dans ce livre concerne le fond, pas la forme. Evidemment, le discours tenu correspond à celui que j’ai envie de faire passer, mais les évènements du récit et les expériences des personnages ne sont pas autobiographiques.

Il existe malgré tout un lieu commun qui concerne à mon avis quiconque appartenant à une minorité ethnique, culturelle, sexuelle ; c’est l’interrogation de son identité face aux autres. La remise en question de qui on est, parce qu’on ne rentre pas dans les schémas habituels, ceux qui passent inaperçus. À mon sens, la plupart des homos passent par le rejet de soi, la peur, la colère, la frustration, dans la découverte et l’acceptation d’eux-mêmes. C’est ce qui m’est arrivé aussi, ce qui arrivent aux personnages du livre, mais ça ne concerne pas non plus que les homos. Et puis au-delà de la question des minorités, c’est peut-être simplement caractéristique de l’adolescence, non ? (ça tombe bien, c’est un livre sur l’adolescence aussi !)

EM : Quels sont tes prochains projets ? Une nouvelle BD ? Une expo à venir ? Quels sont les prochains thèmes que tu penses aborder dans tes futures créations ?

JM : Des choses en cours, tout doucement… mais top-secrètes ! L’idée de me relancer dans de longs projets me fatigue d’avance. Pour l’instant je cherche à bosser dans l’illustration ou la presse, des choses plus spontanées en somme. (Voilà, donnez-moi du boulot, j’ai un loyer à payer !)

– Un dernier mot ?

Sauterelle !

Pour suivre le travail de Julie et découvrir au fur et à mesure tous ses projets top secrets, rendez-vous sur www.juliemaroh.com

Et vous pouvez aussi parcourir les pages de son ancien blog où elle exposait au fur et à mesure le travail effectué pour « Le Bleu est une couleur chaude », mais aussi d’autres petites merveilles comme sa jolie série sur Le Baiser du Jour.

Pour une présentation plus détaillée de son album, « Le Bleu est une couleur chaude », je vous invite à lire cet article publié sur mon blog personnel.

Publicités

Une réponse à “Julie Maroh

  1. Pingback: Skandalon de Julie Maroh « Papillons de mots·

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s