Zoom sur Stéphanie Ledoux

Propos recueillis par Patricia GRANGE-BOUE

« Crayons et sac à dos », c’est le titre que Stéphanie aurait pu donner à son blog. On y trouve des milliers de croquis, de portraits, réalisés lors de pérégrinations à l’autre bout du globe ; et aussi des pages de carnets de voyage. Elle est biologiste de formation, autodidacte du dessin et passionnée par la rencontre de l’Autre. J’ai eu le grand plaisir de rencontrer cette pétillante baroudeuse à Toulouse, à l’occasion de l’expo « Globes croqueurs, carnets de voyages » qui a lieu actuellement et pendant laquelle Stéphanie expose avec trois autres carnétistes.

 

Esprit Métis : Si tu devais te décrire en quelques mots … ?

Stéphanie Ledoux : Une mordue de voyages qui ne se balade jamais sans un carnet de croquis. Qui adore dégainer ses crayons et son carnet de voyage, pour créer la rencontre avec les locaux, briser la glace et provoquer des situations cocasses, grâce au dessin.

 

EM : Comment est né ton goût pour les voyages ? Quel a été ton premier voyage ? Pourquoi cette destination ?

SL : Mes parents m’ont emmenée très tôt en vacances dans des destinations lointaines, et c’est indiscutablement eux qui m’ont transmis le virus du voyage. Le premier contact avec l’exotisme a eu lieu en Martinique et Guadeloupe. Lors de ce premier voyage loin, un simple cocotier m’enthousiasmait ! Coup de foudre pour les Tropiques, dont le seul nom m’évoquait mille promesses de dépaysement. C’était un peu la recherche de la carte postale avec la plage de sable blanc, l’eau turquoise, la végétation luxuriante, le gentil dépaysement paysager et culturel, sans trop prendre de risque.

En grandissant et en commençant à voyager de mes propres ailes, j’ai voulu tenter des destinations moins touristiques, et essayer de fuir les sentiers battus à la recherche de terres où la curiosité est réciproque, où les habitants ne sont pas blasés par le tourisme de masse. En cela, la Birmanie, Madagascar, le Yémen, m’ont comblée : Il y avait un véritable échange possible avec la population, une vraie demande de la part des habitants.

EM : Depuis quand fais-tu des carnets de voyage ? Avais-tu suivi un stage pour en réaliser ?

SL : Mon premier carnet écrit date de 1996, à l’occasion d’un voyage en Polynésie lorsque j’avais 13 ans. C’est marrant de voir comme je m’étais appliquée à tout relater de manière encore très scolaire, d’une belle écriture bien ronde. Il n’y avait pas encore le dessin (pourtant je dessinais déjà à cette époque), mais déjà cette volonté de tout mémoriser par l’écriture, de témoigner, d’avoir ce support cahier/journal intime, que je pourrais relire plus tard. Les seules illustrations que j’y mettais étaient des photos découpées dans des brochures touristiques, collées de façon très appliquée et sans grande fantaisie.

Je me suis mise à dessiner dans mes carnets en 1999, suite à la lecture d’un hors-série du Monde 2 sur la mode des carnets de voyage… Concilier mes 2 passions (le dessin et le voyage) : voilà ce qu’il fallait que je fasse ! J’ai choisi un beau carnet relié, j’ai préparé mes crayons, aquarelles et tubes de colle, et c’était parti pour faire un beau carnet rempli de techniques différentes. Cette passion n’allait plus me quitter et depuis, impossible de voyager sans.

Pas de stage, donc, mais ce foisonnement de carnets édités qui sortaient chez tous les éditeurs me donnaient des tas d’idées et me donnait envie de faire les miens, qui contiendraient mes voyages à moi. Pas dans le but d’éditer à mon tour, mais dans celui de me constituer ma propre collection. Aujourd’hui, j’en ai plus de 60 !

 

EM : Lorsque tu fais un portrait en voyage, qu’est-ce qui fait que tu vas choisir de croquer une personne plutôt qu’une autre ?

SL : C’est une évidence que je ne saurais expliquer. Une bouille, une dégaine, un accoutrement… il y a en général quelque chose de remarquable dans l’allure du personnage qui m’attire, et cette attirance est immédiate. J’ai plus de facilité à aller vers les enfants (toujours réceptifs, accessibles et souriants) et vers les femmes, mais seulement parce qu’étant une femme, cela crée moins d’ambiguïté.

Pour certains, je sens aussi qu’il y a un potentiel à passer un bon moment dans le rire et l’échange. J’essaie de prendre des gens qui soient au minimum consentants, au mieux demandeurs. Le moment est réussi quand on peut papoter avec le modèle lui-même ou les curieux qui viennent immanquablement s’agglutiner. Il est raté quand le modèle se fige et attend avec impatience que j’aie fini (ça arrive !). Beaucoup d’enfants trépignent d’impatience pour poser, et sont finalement tétanisés sous mon œil scrutateur. Heureusement, il y a souvent des passants/copains/curieux pour railler ou détendre l’atmosphère…

EM : Certains des portraits que tu réalises me font un peu penser au travail de Titouan Lamazou, tout en ayant leur propre style et personnalité. Fais-tu souvent l’objet de cette comparaison ? Si oui, comment y réagis-tu ?

SL : Oui, et curieusement, de plus en plus ! Dois-je m’en inquiéter ? Il y a certes une similitude dans la démarche, par le fait d’aller à la rencontre des gens de tous les continents par le portrait. Il me semble que nos styles diffèrent, car je fais beaucoup de noir et blanc à la sanguine, alors qu’il est très connu pour ses gouaches.

En tout cas, je ne peux trouver la comparaison que flatteuse : il a démocratisé le carnet de voyage et a lancé un engouement populaire par le succès de ses publications. Il fait partie de ceux qui m’ont donné envie de m’y mettre, et j’ai de l’admiration pour sa patte, en dessin comme en photographie.

 

EM : Ton dernier voyage t’a menée à Madagascar et c’était la deuxième fois que tu te rendais là-bas. Il se trouve que Madagascar est la destination du prochain numéro du magazine « Esprit Métis ». Pourrais-tu nous faire un petit résumé de tes impressions, de tes ressentis par rapport à ce pays, à ce peuple et nous dire pourquoi tu as souhaité y retourner ?

SL : Bon choix pour le prochain numéro !

Je suis retournée à Madagascar en septembre dernier parce que cette île est dans mon top 2 (avec la Birmanie) des pays fascinants à tous égards, préservés du tourisme de masse, et avec un très bon contact avec les habitants : un contact encore authentique dans la plupart des situations.

Je m’y régale aussi car en tant qu’ancienne biologiste, j’adore la nature, et à Madagascar il y a de quoi faire : faune/flore bizarre et endémique (lémuriens, caméléons, baobabs, grenouilles, insectes…), parcs nationaux, trek, plongée…  L’île s’étend sur 1600 km de long, et présente toutes formes de climats et de paysages : désert, savane, canyons, hauts plateaux avec rizières en terrasse, forêt tropicale humide… Il y en a pour tous les goûts, et impossible de s’ennuyer. On a l’impression d’avoir vécu plusieurs voyages en un seul ! J’aime aussi le fait que ce pays semble un mix entre Afrique et Asie, tant dans les paysages et pratiques culturelles, que dans le métissage de certaines ethnies.

Quant aux habitants, ils sont super attachants, et le fait qu’ils parlent presque tous français facilite pas mal le contact.

On dit qu’il y a un climat d’insécurité avec les élections qui n’arrivent jamais, la corruption et le pays qui s’enfonce dans la pauvreté depuis 2009, mais pour être honnête, j’y étais en 2008 puis en septembre 2010 et je n’ai pas vraiment senti la différence, et ne me suis pas sentie en danger.

EM : Pour toi, qu’est-ce que c’est le métissage ? Te définirais-tu comme une artiste métisse ?

SL : Dans le cadre du carnet de voyage, je verrais le métissage comme une ouverture d’esprit à toutes les cultures, les rencontres, les techniques. J’adore par exemple mélanger l’encre de Chine au collage et à l’écriture, la mine de plomb à l’aquarelle, ne pas hésiter à coller de la terre, des épices, des insectes, faire participer les locaux avec un dessin ou une dédicace écrite dans leur propre alphabet, collectionner du vocabulaire ou des recettes de cuisine, le tout comme dans un joyeux fourre-tout. Ce que j’aime dans le carnet de voyage, c’est qu’il autorise toutes les libertés et tous les mélanges, dans un esprit revendiqué de créativité débridée. Et comme il prend sa source dans l’étonnement de la découverte de l’Autre, du choc des cultures, au cours du voyage, pour moi, c’est donc LE support et LE courant artistique métis par excellence !

 

Blog de Stéphanie :

http://stephanieledoux.canalblog.com/

L’expo « Globe Croqueurs, Carnets de Voyage » est visible à la Médiathèque José Cabanis de Toulouse jusqu’en mars : http://www.bibliotheque.toulouse.fr/viewPageEvent.html?page=expo_globecroqueurs

Stéphanie participe aussi à l’expo « L’Orientalisme inversé, un orientalisme positif – 7 artistes au Yémen » au Café Littéraire de l’Institut du Monde Arabe à Paris pendant tout le mois de février.

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5 réponses à “Zoom sur Stéphanie Ledoux

  1. Pingback: Crayons et sac à dos ! « Papillons de mots·

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  3. J’avais découvert cette artiste via son blog il y a quelques années, mais c’est en voyant son livre dans les rayons que j’ai eu un coup de foudre. Stéphanie Ledoux a un talent monstre!

    Quel régal de découvrir sa vision des pays qu’elle traverse. Je retrouve les atmosphères de pays traversés, avec sa patte caractéristique, sa proximité extrême avec les gens, et son sens intime du détail. A conseiller à tous les curieux.

    En plus, cette artiste est inspirante et réveille les envies de gribouillages en tous genres. Bref, un grand coup de chapeau!

    NowMadNow/ fan de l’artiste

  4. Tout à fait d’accord avec toi Philippe !
    Et puis il faut quand même dire que Stéphanie a son propre style qui n’appartient qu’à elle !
    J’espère aussi qu’avec le travail d’artistes comme Stéphanie et toi, le carnet de voayge deviendra un genre artistique en soi et que Lamazou ne sera plus LA référence !

  5. Superbe interview. On y retrouve tout à fait le travail de Stéphanie.
    Juste une petite remarque, sur la comparaison avec Titouan Lamazou. Il faut dire que pour beaucoup de gens, Lamazou est la seule référence sur le carnet de voyage. Je le sais bien car on me le dit aussi très souvent.
    Si certains portraits à l’acrylique de Stéphanie peuvent faire penser au travail de Lamazou, ils ne représentent qu’une petite partie de son travail, elle a son originalité, et surtout il faut voir ses carnets !!

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